Bloc-notes

Le carnet du candidat.

Quelques pages, écrites à la main puis recopiées le soir. Sans communicant, sans correcteur politique. Ce que je pense, dans l'ordre où je le pense.

17 juin 2026 · Saint-Aurel-sur-Vézère

Qui je suis, vraiment.

Lecture · 6 min

Philippe Paltruire en famille
Saint-Aurel, juin 2026

Avant de demander la confiance des Français, je voudrais qu'ils sachent à qui ils l'accorderaient. Sans communicant, sans filtre, sans la prudence des conseillers.

On me dit, depuis des mois, qu'un candidat doit se construire une silhouette : ferme, rassurante, sans aspérités. Je n'en ai ni l'envie ni le talent. Je préfère que l'on me prenne pour ce que je suis — un homme de soixante ans, qui a beaucoup hésité avant de se présenter, et qui hésite encore certains soirs.

Je n'ai pas le courage tranquille que l'on prête volontiers aux hommes publics. J'ai l'orgueil mal placé, l'impatience prompte, et une certaine sécheresse de cœur dans les périodes de fatigue. Mes collaborateurs le savent : il m'arrive de lever la voix pour pas grand-chose, puis d'en vouloir à la terre entière de ne pas l'avoir vu venir. Je travaille à m'en corriger. Je n'y parviens pas toujours.

Je suis un mauvais dormeur. Les nuits qui suivent les décisions importantes, je les passe à les refaire dans ma tête, à imaginer celles que je n'ai pas prises. C'est une faiblesse, je le sais. Un dirigeant devrait, dit-on, savoir trancher et passer à autre chose. Je n'y arrive pas. Cela me retient, parfois trop longtemps, avant de m'engager.

Je suis également, je l'avoue, un homme de doute. Pas du doute élégant des séminaires — celui, plus inconfortable, qui vous tient la nuit et vous fait relire à trois heures du matin une note que vous croyiez bouclée. Je tiens ce doute pour une honnêteté, non pour une infirmité. Un homme qui ne doute jamais ne réfléchit plus.

Il y a des choses que je n'ai pas su faire. Je n'ai pas toujours été le père que j'aurais voulu être. Mon fils aîné, qui me ressemble en beaucoup de choses, me l'a dit avec des mots durs, vrais, à un âge où je travaillais trop. Il a eu raison. Je crois que c'est de cette époque-là que vient ma méfiance envers les agendas qui débordent et les hommes pressés.

J'ai aussi connu l'échec public, et de près. En 2009, comme maire, j'ai porté un projet d'usine qui devait sauver soixante emplois dans la vallée. Il a capoté pour des raisons que j'avais sous-estimées, et que mes adversaires avaient vues avant moi. Je n'ai rien à plaider pour ma défense : je m'étais trompé. J'en ai gardé une prudence — celle qui consiste à se méfier de ses propres certitudes.

Je n'aime pas particulièrement la lumière. Les meetings me coûtent. Les caméras me gênent. Je préfère, de loin, une table de cuisine, une réunion d'élus, une visite d'atelier. Si je me présente malgré cela, ce n'est pas par goût de moi-même ; c'est parce qu'à un certain âge, on cesse de pouvoir dire « quelqu'un d'autre s'en chargera ».

Je crois enfin, et c'est peut-être ma faille la plus profonde, à la grandeur des choses simples. Cela me rend mauvais en stratégie politique et imperméable à la plupart des modes. Je me console en me disant que les Français, eux, n'en sont pas dupes — et qu'ils préfèrent, eux aussi, qu'on leur parle droit.

Il faut aussi que je dise les choses qui se murmurent et que personne, jusqu'ici, n'a osé écrire. Je bois. Pas comme on boit en société, par politesse ou par habitude — je bois trop, et depuis trop longtemps. J'ai commencé après la mort de mon père, en 1997, en me disant que cela passerait avec le deuil. Cela n'est pas passé. J'ai connu des cures, des rechutes, des matins difficiles avant des conseils municipaux. Aujourd'hui je tiens, à peu près, grâce à ma femme, à un médecin patient, et à une discipline que je ne relâche jamais. Jamais plus de deux bouteilles de vin par jour. Mais je sais que cette ligne est fine, et qu'elle le restera. Surtout je sais que boire ou appuyer sur le bouton de la dissuasion nucléaire sont deux activités difficiles à concilier. Demain si j'ai le pouvoir d'appuyer sur le bouton, je m'engage à moins tirer sur le bouchon!

Il y a autre chose, dont je n'ai parlé qu'à trois personnes en trente ans. Je vis avec une forme légère de trouble schizo-affectif, diagnostiqué en 1994. Cela se traduit, dans les périodes de grande tension, par des moments où les voix de mes propres pensées se font plus nombreuses qu'il n'en faut, et où la frontière entre ce que je crois et ce que je perçois demande un effort. Un traitement, suivi sans interruption, tient la chose à distance depuis vingt ans. Mes proches le savent. Mon médecin l'atteste. Je préfère que les Français le sachent aussi, plutôt que de l'apprendre par d'autres : on ne se présente pas devant un peuple en cachant ce qui pourrait, un jour, peser sur son jugement.

Voilà. Vous savez maintenant à peu près à qui vous auriez affaire. Il sera toujours temps, ensuite, de juger sur le travail.

Philippe Paltruire de Tremulage

18 juin 2026 · Saint-Aurel-sur-Vézère

Le tremulisme est un humanisme.

Lecture · 5 min

Philippe Paltruire à la rencontre des habitants d'un village
Réflexion de campagne, juin 2026

On m'a demandé, hier soir, ce que je mettais derrière ce mot. Je n'ai pas trouvé sur le moment une réponse assez nette. Voici celle que je voudrais donner aujourd'hui.

Le tremulisme n'est pas une doctrine. Je n'ai ni le goût ni le talent pour les systèmes. C'est plutôt une manière de regarder la politique — par le bas, par le proche, par ce qui tremble dans chaque vie avant de se figer en statistique. Le mot, je l'emprunte au tremblement des feuilles de peuplier qu'on voit au fond de la vallée, lorsque le vent passe sans qu'on sache d'où il vient. C'est cela, à mon sens, la condition humaine : une fragilité mouvante, jamais tout à fait maîtrisée, jamais tout à fait vaincue.

Toute grande idéologie finit par oublier l'homme qu'elle prétend servir. Elle l'emporte dans un mouvement, une classe, une race, une nation, un marché — et cesse de voir le visage derrière le mot. Le tremulisme commence là où cette abstraction s'arrête. Il dit : avant d'être un électeur, un consommateur, un employé ou un contribuable, l'individu est une conscience, une chair, une histoire. Il a peur. Il espère. Il souffre d'être seul. Et c'est à cette altitude-là, pas à une autre, que la politique doit le rejoindre.

Cela ne signifie pas le repli sentimental. Je ne crois pas que l'on gouverne avec des larmes et des bons sentiments. Mais je crois qu'on ne gouverne bien que ce que l'on connaît. Un ministre qui n'a jamais tremblé devant une lettre de licenciement, qui n'a jamais attendu un diagnostic devant une salle d'imagerie, qui n'a jamais senti sa dignité vaciller au moment de demander une aide, ne comprendra jamais tout à fait ce que coûte une décision. La politique tremuliste se fait exigence de cette connaissance-là.

Elle est donc, par nécessité, locale. Non pas nationaliste ou communautariste, mais ancrée : le lieu où l'on vit, où l'on vieillit, où l'on enterre les siens. C'est là que se nouent les liens qui tiennent un pays debout. La République, à mes yeux, n'est pas une machine à produire des droits abstraits ; elle est le cadre commun dans lequel chaque terroir, chaque famille, chaque entreprise peut tisser sa propre solidarité. L'État protège le cadre. Les hommes vivent dedans.

Le tremulisme est aussi un humanisme parce qu'il refuse l'optimisme béat. Il ne promet pas que tout ira mieux, ni que le progrès effacera les peines. Il dit seulement que l'on peut, ensemble, faire en sorte que les choses soient un peu moins dures. C'est une morale de la distance modeste : ne pas viser le paradis, mais réparer la route. Ne pas guérir la mort, mais alléger l'angoisse. C'est peu, dira-t-on. Peut-être. Mais c'est déjà beaucoup, et c'est ce que la politique peut tenir.

On me demandera peut-être quel rapport cela entretient avec le programme que je présente. Le rapport est simple : chaque proposition que je défends — sur l'école, la famille, l'entreprise, la nation, la liberté — est une manière de répondre à ce tremblement. Elle n'est pas une promesse de bonheur, mais une offre de protection. Elle ne dit pas : « Nous vous sauverons. » Elle dit : « Nous vous laisserons vivre, et nous vous aiderons à ne pas tomber seuls. »

Le tremulisme, enfin, est une exigence envers celui qui gouverne. Il dit au candidat : tu n'es pas un sauveur. Tu es un homme comme les autres, chargé d'un service temporaire, redevable de chaque jour. N'oublie jamais que les Français ne t'appartiennent pas. Tu leur appartiens. C'est à eux de te juger, et c'est à toi de te tenir de façon à mériter ce jugement.

Je ne sais pas si ce mot restera. Je ne sais pas si le tremulisme deviendra autre chose qu'une note dans le carnet d'un candidat de province. Mais je sais qu'il nomme ce que je veux défendre : une politique qui commence par le respect de la personne humaine, dans sa dignité et dans sa fragilité, et qui n'oublie jamais que derrière chaque mot, chaque chiffre, chaque loi, il y a une vie qui tremble.

Philippe Paltruire de Tremulage

19 juin 2026 · Saint-Aurel-sur-Vézère

Plus loin que Philippe, sur l'IA.

Lecture · 7 min

Philippe Paltruire en visite d'entreprise
Visite d'un centre de calcul, juin 2026

Édouard Philippe vient de présenter son plan pour l'intelligence artificielle. Il a raison de poser le sujet. Il a tort de le poser si petitement. Voici ce que je propose, en allant, je le crois, plus loin et plus droit.

Je veux d'abord rendre à Édouard Philippe ce qui lui revient : il est l'un des rares, dans le paysage politique français, à prendre la mesure que l'intelligence artificielle n'est pas une technologie de plus, mais un basculement de civilisation. Sa formule — « se battre pour que cette révolution se fasse dans l'intérêt des Français » — est juste. Elle est seulement, à mon sens, trop prudente pour le moment que nous vivons.

Car la vérité est celle-ci : pendant que nous publions des plans, d'autres écrivent les modèles. Pendant que nous discutons de gouvernance, trois entreprises américaines et deux laboratoires chinois fixent les standards techniques, juridiques et culturels qui structureront la décennie. Nous ne sommes plus en train de prendre du retard : nous sommes en train de devenir un marché. Et un peuple qui n'est plus qu'un marché cesse, lentement, d'être un peuple.

Je propose donc, sans détour, un plan en cinq points qui assume ce que la prudence interdit de dire.

Premier point : une commande publique massive et orientée. L'État doit consacrer, sur cinq ans, dix milliards d'euros à l'achat de calcul, de modèles et de services d'IA conçus, entraînés et hébergés en France et en Europe. Pas de subvention diffuse, pas de guichet : de la commande. C'est par la commande que Colbert a fait naître nos manufactures, que de Gaulle a fait naître notre nucléaire, et c'est par elle, et elle seule, que nous ferons naître une filière française de l'IA.

Deuxième point : un grand modèle public de langue française. Je veux que la République finance, possède et mette à disposition gratuitement un modèle de fondation entraîné sur notre langue, notre droit, notre littérature, nos archives. Non pour concurrencer les géants sur leur terrain — nous ne le pouvons pas — mais pour garantir qu'il existera toujours, en français, un outil qui ne dépende pas du bon vouloir d'une entreprise étrangère. C'est une question de souveraineté linguistique au même titre, autrefois, que l'imprimerie du Roi.

Troisième point : un droit d'auteur refondé. Les œuvres françaises ont nourri, sans contrepartie, les modèles que l'on nous revend aujourd'hui. C'est un pillage. Je propose une redevance obligatoire prélevée sur tout modèle commercialisé en France et reversée, via une société de gestion publique, aux auteurs, aux journalistes, aux éditeurs, aux chercheurs dont les œuvres ont servi à l'entraînement. Ce n'est pas une taxe : c'est une justice.

Quatrième point : une école qui forme, et qui résiste. J'entends, à droite comme à gauche, qu'il faut « former à l'IA ». Soit. Mais je veux aussi que l'on forme contre elle, c'est-à-dire à ce qu'elle ne sait pas faire : lire lentement, écrire à la main, démontrer, mémoriser, douter. Une génération qui ne saura plus rédiger sans assistance ne saura plus penser sans tutelle. Je rétablirai donc, du primaire au baccalauréat, des plages entières d'enseignement sans écran, et un examen final intégralement manuscrit. Ce n'est pas du passéisme : c'est l'assurance que la machine restera un outil, et non un substitut.

Cinquième point : une ligne rouge éthique, tenue. Trois usages seront interdits sur le sol français, sans exception et sans dérogation administrative : la notation sociale des personnes, la reconnaissance faciale en espace public en temps réel, et la génération d'images sexuelles ou intimes à partir du visage ou du corps d'une personne sans son consentement explicite. Les contrevenants — plateformes comprises — seront poursuivis pénalement et leurs services bloqués. Sur ces trois points, je ne négocierai pas, et je ne demanderai pas l'avis de Bruxelles avant d'agir.

On me dira que c'est beaucoup. C'est, en réalité, le minimum. Édouard Philippe propose, à juste titre, que nous ne devenions pas les vassaux de puissances étrangères. Je dis qu'il faut, pour cela, cesser d'écrire des plans et commencer à passer commande, à entraîner nos propres modèles, à protéger nos auteurs, à durcir notre école et à fixer trois interdits clairs. La différence entre lui et moi, sur ce sujet, n'est pas une différence de diagnostic. C'est une différence de tempo.

Je crois, enfin, que cette question dépasse la technique. Une nation qui délègue à des machines étrangères le soin de penser, d'écrire, de juger et d'imaginer à sa place, finit par oublier qu'elle savait le faire elle-même. C'est cela, au fond, le risque : non pas que les machines deviennent trop intelligentes, mais que nous, par confort, devenions trop paresseux pour rester libres.

Je préfère un pays qui se trompe en pensant par lui-même à un pays qui a toujours raison parce qu'une machine pense pour lui. C'est, en matière d'IA comme du reste, ce que j'appelle le tremulisme : faire confiance à l'homme, même fragile, plutôt qu'à la machine, même brillante.

Philippe Paltruire de Tremulage

À suivre

D'autres pages viendront,
au rythme de la campagne.

Le bloc-notes paraîtra à intervalles irréguliers : une fois par semaine en moyenne, davantage les semaines de doute, moins celles de déplacement. Chaque texte sera daté, signé, et tenu.

Recevoir les prochaines pages →