17 juin 2026 · Saint-Aurel-sur-Vézère
Qui je suis, vraiment.
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Avant de demander la confiance des Français, je voudrais qu'ils sachent à qui ils l'accorderaient. Sans communicant, sans filtre, sans la prudence des conseillers.
On me dit, depuis des mois, qu'un candidat doit se construire une silhouette : ferme, rassurante, sans aspérités. Je n'en ai ni l'envie ni le talent. Je préfère que l'on me prenne pour ce que je suis — un homme de soixante ans, qui a beaucoup hésité avant de se présenter, et qui hésite encore certains soirs.
Je n'ai pas le courage tranquille que l'on prête volontiers aux hommes publics. J'ai l'orgueil mal placé, l'impatience prompte, et une certaine sécheresse de cœur dans les périodes de fatigue. Mes collaborateurs le savent : il m'arrive de lever la voix pour pas grand-chose, puis d'en vouloir à la terre entière de ne pas l'avoir vu venir. Je travaille à m'en corriger. Je n'y parviens pas toujours.
Je suis un mauvais dormeur. Les nuits qui suivent les décisions importantes, je les passe à les refaire dans ma tête, à imaginer celles que je n'ai pas prises. C'est une faiblesse, je le sais. Un dirigeant devrait, dit-on, savoir trancher et passer à autre chose. Je n'y arrive pas. Cela me retient, parfois trop longtemps, avant de m'engager.
Je suis également, je l'avoue, un homme de doute. Pas du doute élégant des séminaires — celui, plus inconfortable, qui vous tient la nuit et vous fait relire à trois heures du matin une note que vous croyiez bouclée. Je tiens ce doute pour une honnêteté, non pour une infirmité. Un homme qui ne doute jamais ne réfléchit plus.
Il y a des choses que je n'ai pas su faire. Je n'ai pas toujours été le père que j'aurais voulu être. Mon fils aîné, qui me ressemble en beaucoup de choses, me l'a dit avec des mots durs, vrais, à un âge où je travaillais trop. Il a eu raison. Je crois que c'est de cette époque-là que vient ma méfiance envers les agendas qui débordent et les hommes pressés.
J'ai aussi connu l'échec public, et de près. En 2009, comme maire, j'ai porté un projet d'usine qui devait sauver soixante emplois dans la vallée. Il a capoté pour des raisons que j'avais sous-estimées, et que mes adversaires avaient vues avant moi. Je n'ai rien à plaider pour ma défense : je m'étais trompé. J'en ai gardé une prudence — celle qui consiste à se méfier de ses propres certitudes.
Je n'aime pas particulièrement la lumière. Les meetings me coûtent. Les caméras me gênent. Je préfère, de loin, une table de cuisine, une réunion d'élus, une visite d'atelier. Si je me présente malgré cela, ce n'est pas par goût de moi-même ; c'est parce qu'à un certain âge, on cesse de pouvoir dire « quelqu'un d'autre s'en chargera ».
Je crois enfin, et c'est peut-être ma faille la plus profonde, à la grandeur des choses simples. Cela me rend mauvais en stratégie politique et imperméable à la plupart des modes. Je me console en me disant que les Français, eux, n'en sont pas dupes — et qu'ils préfèrent, eux aussi, qu'on leur parle droit.
Il faut aussi que je dise les choses qui se murmurent et que personne, jusqu'ici, n'a osé écrire. Je bois. Pas comme on boit en société, par politesse ou par habitude — je bois trop, et depuis trop longtemps. J'ai commencé après la mort de mon père, en 1997, en me disant que cela passerait avec le deuil. Cela n'est pas passé. J'ai connu des cures, des rechutes, des matins difficiles avant des conseils municipaux. Aujourd'hui je tiens, à peu près, grâce à ma femme, à un médecin patient, et à une discipline que je ne relâche jamais. Jamais plus de deux bouteilles de vin par jour. Mais je sais que cette ligne est fine, et qu'elle le restera. Surtout je sais que boire ou appuyer sur le bouton de la dissuasion nucléaire sont deux activités difficiles à concilier. Demain si j'ai le pouvoir d'appuyer sur le bouton, je m'engage à moins tirer sur le bouchon!
Il y a autre chose, dont je n'ai parlé qu'à trois personnes en trente ans. Je vis avec une forme légère de trouble schizo-affectif, diagnostiqué en 1994. Cela se traduit, dans les périodes de grande tension, par des moments où les voix de mes propres pensées se font plus nombreuses qu'il n'en faut, et où la frontière entre ce que je crois et ce que je perçois demande un effort. Un traitement, suivi sans interruption, tient la chose à distance depuis vingt ans. Mes proches le savent. Mon médecin l'atteste. Je préfère que les Français le sachent aussi, plutôt que de l'apprendre par d'autres : on ne se présente pas devant un peuple en cachant ce qui pourrait, un jour, peser sur son jugement.
Voilà. Vous savez maintenant à peu près à qui vous auriez affaire. Il sera toujours temps, ensuite, de juger sur le travail.
— Philippe Paltruire de Tremulage

